Communication au dixième atelier du CISP-Club :
Etienne De Clercq(a), Caroline Artoisenet(a), Pascale Jonckheer(b), Peter Burggraeve(c), Vincent Lorant(a)
Villandry, France, du vendredi 9 au dimanche 11 novembre 2007
(a) HSR - Ecole de Santé Publique - Université Catholique de Louvain, Bruxelles,Belgique (b) Société Scientifique de Médecine Générale (SSMG), Bruxelles, Belgique (c) Domus Medica (Flemish Institute of General Practitioners), Berchem, Belgium Projet financé par le Service Public Fédéral de Programmation de la Politique Scientifique. Courriel: declercq@sesa.ucl.ac.beRésoPrim.*
Les nouvelles technologies de l’information (NTIC), moteur de changement en médecine généraleMots clés : Nouvelles technologies de l’information, médecine générale, analyse qualitative
Contexte
Tout comme dans d’autres secteurs, la société de l’information a un impact sur le système de santé : accès direct pour les patients à de nombreuses informations aisément disponibles sur internet, gestion directe de « dossiers santés » par les patients eux-mêmes, accès pour les professionnels de la santé à des systèmes d’aide à la décision, des guidelines, de la littérature scientifique, des avis spécialisés sur des cas complexes, développement d’équipes de soins virtuelles, etc. Cependant de nombreux praticiens n’ont pas encore intégré les technologies de l’information dans leur pratique quotidienne : selon les sources 15 à 40% des généralistes belges n’ont pas de dossier patient informatisé. Parmi ceux-ci, beaucoup n’utilisent que très partiellement les outils informatiques dans leur pratique quotidienne, peu participent à des réseaux de collecte de données informatisées.Objectifs
Face à ce constat, nous nous sommes attachés, dans le cadre du projet ResoPrim , à comprendre la manière dont les généralistes, font face à l’apparition des nouvelles technologies de l’information (NTIC) dans le domaine de la santé. En particulier, nous avons étudié l’expérience de la participation à un réseau de collecte de données informatisées à des fins de recherche. Cette participation est libre et volontaire, et implique entre autre l’utilisation d’un dossier patient informatisé.Méthode
Pour analyser la participation des médecins nous avons réalisé une analyse qualitative en nous appuyant sur deux courants théoriques : la « technology in practice » et la sociologie des professions (théories de Parsons, Freidson et Light).
Pour obtenir l’information de base nécessaire à notre analyse, nous avons organisé des groupes focaux (2) et des interviews semi-structurées en vis à vis (12). Nous nous sommes attachés à varier les profils des médecins interviewés : différents régimes linguistiques (francophones, néerlandophones), différents âges, différents sexes. La plupart de ces médecins avaient déjà participé à un réseau de collecte de données.
Il s’agit donc essentiellement d’une analyse rétrospective du processus de participation.
Différentes stratégies ont été mises en place pour améliorer la rigueur de notre démarche : triangulation des sources de données, codage et lecture multiple du matériel, implication d’une équipe de recherche multidisciplinaire.Résultats
Une balance favorable entre la satisfaction de besoins pratiques immédiats grâce à la technologie (rédaction de courriers, feedbacks individuels) d’une part et les contraintes de coût, de temps ou de compétence technologique du médecin d’autre part, peut en partie expliquer la participation. Cependant, il apparaît également que les NTIC, partiellement adaptées par le médecin (positionnement de l’écran), ont un impact sur la pratique du généraliste et sa relation au patient (par exemple, le déroulement de sa consultation), sur sa relation avec ses confrères (demandes d’examens complémentaires plus étayées, …) ou sur sa place à l’intérieur du système de santé (par exemple, développement de la pratique préventive). En général, cet impact l’amène ultérieurement à participer à nouveaux à des réseaux.
Cette balance et cet impact sont cependant insuffisants pour appréhender toute la complexité du processus de participation. Deux dimensions théoriques supplémentaires doivent être considérées : l’autonomie clinique et le rôle de la profession. Ces deux dimensions permettent entre autre de prendre en compte le souci du médecin de protéger les données, sa crainte d’un contrôle de son activité par ses pairs voir par des tiers (par exemple, les organismes assureurs), l’importance de l’image renvoyée par le généraliste à ses patients ou à ses confrères spécialistes, une attitude ambivalente du médecin face à l’information du patient, à une rémunération ou aux benchmarkings assurés par le réseau.Discussion / conclusion :
Nos résultats peuvent suggérer que les NTIC pourraient être un support, non neutre, à l’évolution de la place du généraliste dans le système de santé. La satisfaction de besoins immédiats face à des obstacles pratiques (coût, etc.) ou plus généraux (peur du contrôle par des tiers, etc.), pourrait expliquer la vitesse et les directions de ce changement (place plus importante de la pratique préventive, développement de guidelines, évaluation dynamique de la qualité des soins, etc.). Pour comprendre la participation, le cadre théorique de la « technology in practice », qui aborde les voies par lesquelles la technologie transforme les pratiques, peut être mobilisé mais il doit être complété par des concepts de la sociologie des professions tels le rôle professionnel et l’autonomie clinique. Ces éléments pourraient rendre compte à la fois des degrés de pénétration très variables des NTIC en médecine générale ainsi que de la lenteur apparente des changements en cours.* le projet belge ResoPrim (2003 – 2008) s’attache à étudier et à tester en médecine générale les conditions de mise en place et d’exploitation d’un réseau de collecte d’information à partir des dossiers patients informatisés.